Comment migrer sur Linux en 48h sans rien perdre ?

Après plusieurs années passées sous Windows à jongler entre les mises à jour intempestives, l’encombrement des données de télémétrie et une gestion de la mémoire parfois douteuse, j’ai décidé de sauter le pas : migrer mon ordinateur portable professionnel (un Artefact Move2Play) à 100 % sous Linux. Pas de dual-boot, pas de filet de sécurité. Une installation propre et radicale.

L’objectif de cette transition était clair : reconstruire un environnement de travail complet, performant et fluide pour le développement, la bureautique avancée, la création multimédia et le jeu vidéo, tout en tirant pleinement parti du matériel de cette station de travail mobile. Durée de la migration souhaitée : 24h. En réalité, quelques heures de plus sont nécessaires, mais en 48h tout est bouclé.

Voici un tutoriel complet de migration sur Ubuntu Linux version KDE pour ceux qui en ont marre de Microsoft et de son système Windows de plus en plus contraignant, espion, cher en ressources. Je m’efforcerai de répondre à la plupart des questions qu’on se pose dans ces cas là.

Pourquoi Kubuntu et pas un autre ? j’y réponds rapidement : KDE est le système d’affichage utilisé pour SteamOS, il est simple, beau et sans effets inutiles. Ubuntu est une distribution (une « version » de Linux si vous préférez) accessible, solide et très compatible. Voilà.

Aurai-je les mêmes fonctionnalités et la même praticité ? Est-ce que c’est si bien que ça Linux ?

Avant toute chose, si vous doutez de retrouver tous vos petits outils du quotidien comme l’outil de capture d’écran ou l’éclairage nocturne, il me semble important de poser des bases : Linux n’est pas un petit projet indépendant fabriqué par quelques passionnés dans un garage ! Linux, c’est un système dont le noyau est à la base de la quasi-intégralité de l’architecture système du monde entier. Votre télé utilise le noyau Linux, Votre smartphone aussi, votre box aussi, et quasiment tous les appareils de votre maison hormis finalement votre PC.

Ubuntu existait déjà quand je faisais mes études en informatique en 2007, et c’était déjà un système avec une interface agréable, tous les outils pratiques du quotidien intégrés, et une stabilité à toute épreuve. La seule raison pour laquelle personne ne l’utilisait en grand public c’était les jeux, et depuis l’avènement de la surcouche Proton, Linux est un système complet. Il faisait déjà mieux que Windows il y a 20 ans, et maintenant qu’il est compatible avec les jeux, le match est terminé.

Étape 1 : Le plan de migration

Après avoir soigneusement sauvegardé vos données (à savoir le répertoire complet de C:\Users\monUtilisateur, répertoire caché « AppData » compris), il est crucial de préparer un plan de migration efficace pour gagner un maximum de temps. Dans ce plan, vous allez rédiger les éléments suivants, pour vous donner toute la visibilité nécessaire dans une migration.

Trouver les équivalences de logiciels

Ouvrez le panneau de configuration de Windows et affichez la liste des programmes installés. Pour chaque logiciel, vérifiez si la version pour Kubuntu existe ou s’il vous faudra trouver un équivalent. Pour WhatsApp par exemple, cherchez sur Google « WhatsApp équivalent Linux », une foule d’utilisateurs de Linux sur Reddit se feront un plaisir de répondre à la question.

équivalent WhatsApp ZapZap

 

Pour avancer rapidement, voici les équivalences dont j’ai eu besoin pour mon PC :

  • Microsoft Teams = Portal for Teams
  • WhatsApp = ZapZap
  • TeamViewer = RustDesk
  • Epic Games & GOG = Heroic Games Launcher
  • Google Drive = kio-gdrive
  • Moniteur des performances du gestionnaire des tâches = Mission Center

Le reste est déjà présent sur Linux, mais je vous les donne quand même, si vous partez de loin :

  • Outlook = Thunderbird
  • Microsoft Office = OnlyOffice ou LibreOffice
  • Photoshop = GIMP

Oubliez les autres utilitaires comme les lecteurs de PDF pourris de Windows style Adobe Reader, les gestionnaires d’archives comme WinRAR ou 7Zip, les outils de capture d’écran, la lumière bleue etc… tout ça est intégré au système Linux depuis bien longtemps et ne nécessite aucune installation.

Retrouver les dossiers de configuration

Le point le plus compliqué d’une migration de Windows vers Linux, c’est que les dossiers ne sont pas organisés pareils. La conséquence, c’est que vous ne saurez plus ou doit aller votre petit fichier de config de VSCode, ou votre profil Firefox avec tous vos favoris !

Renseignez-vous au préalable sur où se trouvent les dossiers de configuration des versions Linux des logiciels que vous allez utiliser, ça vous évitera bien des problèmes.

Exemple :

Pour migrer mes paramètres de Firefox, mes fichiers qui proviennent de C:\Users\utilisateur\AppData\Roaming\Mozilla\Firefox\Profiles doivent aller vers /home/utilisateur/snap/firefox/common/.mozilla/firefox/

Il m’a fallu une heure pour trouver le bon répertoire sur le moment…

Petites astuces :

  • Le dossier qui correspond à C:\Users\Utilisateur sur Windows est /home/utilisateur
  • Les dossiers contenant les paramètres des programmes commencent souvent par un point (comme .thunderbird) et se trouvent justement dans ce répertoire !

Gérer les jeux sur Linux

Aaaaah, la grande question ! Oui, les jeux sur Linux, c’est simple désormais. Sans rentrer dans des détails techniques, disons que vous aurez besoin d’installer Steam et Proton. Vos habitudes ne vont pas réellement changer, puisque Steam fonctionnera quasiment pareil que sur Windows, et pour les launchers Epic et GOG, Le launcher Heroic s’occupera de gérer les installations et la compatibilité.

Heroic est un launcher vraiment exceptionnel : il vous servira de Hub pour quasiment tous vos jeux, même les jeux piratés (si jamais vous aimez Amélie Poulain) 😀

Tout ce que vous avez besoin de savoir, c’est que la surcouche qu’on appelle Proton a été développée par Steam, mais qu’il existe une autre version, développée par la communauté, qui marche souvent mieux : Proton-GE. Vous inquiétez pas, on installera les deux !

Changer les systèmes de fichiers

Qui dit Linux dit système de fichier différent de NTFS. Si vous n’avez qu’un seul disque dur dans votre PC, ce paragraphe ne va pas beaucoup vous impacter, car vous aurez simplement à sélectionner « Effacer le disque et installer Kubuntu » lors de l’installation. Pour les autres comme moi, vos autres disques durs vont probablement rester en NTFS, ce qui est problématique (car c’est un système de fichiers propriétaire mal pris en charge par Linux).

Prévoyez un disque dur externe suffisamment grand, qui vous permettra de déplacer vos données afin de reformater vos disques secondaires vers le système de fichiers ext4. Cette modification se fait aisément avec le gestionnaire de partitions KDE déjà présent dans le système.

Désactiver le secure boot

Si vous utilisez un pilote propriétaire, pour votre carte graphique NVidia par exemple, il vous faudra aller dans le BIOS de votre PC et désactiver le secure boot. Si vous ne faites pas cela, vous ne pourrez pas utiliser votre carte graphique ! Il est bon de le noter dans votre plan de migration.

Étape 2 : Installation de Kubuntu

Pour réaliser ma migration vers Kubuntu, j’ai opté pour une installation « propre » (clean install) en effaçant l’intégralité du disque système principal. La préparation commence par le téléchargement de l’image ISO officielle (dont le lien se trouve en haut de cet article), puis sa copie sur une clé USB d’au moins 8 Go à l’aide de Rufus en mode image DD. Une fois la clé insérée dans le PC, il suffit de tapoter la touche F8/F9/F12 au démarrage (ça dépend de votre modèle de PC) pour ouvrir le menu de démarrage et sélectionner le support USB.

On bascule alors sur la session Live (« Try Kubuntu »), ce qui permet de vérifier en quelques secondes le bon fonctionnement de l’affichage, du Wi-Fi et du pavé tactile. De là, le lancement de l’installateur graphique Calamares guide pas à pas : choix de la langue et du clavier, connexion au réseau, puis sélection de l’option « Effacer le disque et installer Kubuntu ». En cochant la case permettant de télécharger les mises à jour et les logiciels tiers pendant le processus, l’installation se déroule de manière entièrement automatisée en moins de dix minutes. Un redémarrage plus tard, le système s’ouvre sur un environnement KDE Plasma vierge, prêt à être configuré.

Étape 3 : L’après installation

C’est là que votre plan se met à exécution. Votre Kubuntu est tout neuf, il va probablement vous proposer l’installation de quelques mises à jour. Une fois cela fait, voici les choses à faire dans l’ordre :

Installer les pilotes propriétaires

Votre carte Wi-Fi est probablement déjà installée, votre imprimante est déjà détectée. Le point nécessitant votre attention c’est la carte graphique. Pour cela, ouvrez un Terminal et tapez la commande sudo ubuntu-drivers install.

Si vous avez bien désactivé le Secure boot, c’est réglé.

Installer Flatpak (parce que c’est trop bien)

Kubuntu fonctionne très bien avec des gestionnaires d’application (comme le Google Play Store sur votre smartphone), qui vous dispensent d’aller sur Internet chercher des installeurs pourris, issus de sites douteux ! Tous les logiciels dont vous avez besoin y sont répertoriés. La seule différence, c’est que sur Linux, plusieurs façons de gérer comment ces applications s’installent cohabitent. Retenez simplement ceci : à l’époque on utilisait les packages en fichiers .deb (un peu comme les installeurs en .exe sur Windows), maintenant ce n’est plus le cas.

De nos jours, ce qui prime c’est Snap et Flatpak. Avec ces technologies, les applications qu’on installe voyagent avec leur propre « sac à dos » contenant toutes les versions exactes des bibliothèques dont elles ont besoin. Elle s’exécutent dans un espace isolé, aucun risque que ça plante parce que votre système n’a pas exactement la bonne version de tel ou tel fichier.

Snap est déjà installé sur Kubuntu (Firefox et Thunderbird sont déjà installés de cette manière sur votre système). On va ajouter le système Flatpak, parce qu’il donne accès à des applications en plus.

Dans votre terminal, tapez la commande sudo apt update && sudo apt install flatpak -y

puis flatpak remote-add --if-not-exists flathub https://dl.flathub.org/repo/flathub.flatpakrepo

Une fois cela fait, redémarrez le PC.

Promis, les lignes de commande, c’est fini ! A partir de maintenant, tout peut se faire via l’interface de Kubuntu

Déployer les logiciels

Vous avez désormais tous les outils à votre disposition pour réinstaller vous vos programmes. Pour commencer, cherchez dans votre menu Démarrer l’application Discover, c’est le premier gestionnaire d’applications. Avec celui-ci, vous allez installer le deuxième : Bazaar (celui qui gère les Flatpaks).

Voici ce que vous pourrez retrouver d’important sur ces deux stores :

Discover

  • Bazaar
  • Calibre (gestionnaire d’e-books)
  • VSCode (pour les développeurs)
  • Discord
  • GIMP
  • Filezilla (transferts FTP)
  • Flatseal (à installer pour mieux gérer les applications Flatpak)
  • Inkscape (dessin vectoriel)
  • Audacity (fichiers audio)
  • Mission Center
  • OnlyOffice
  • Steam
  • VLC
  • Firefox (déjà installé)
  • Thunderbird (déjà installé)

Bazaar

  • Heroic Games Launcher
  • Micrologiciel (permet de mettre à jour les firmwares de votre matériel)
  • Portal for Teams
  • ZapZap
  • RustDesk
  • ProtonUp-Qt (à installer pour avoir Proton-GE pour les jeux)

Bon déjà, si vous installez tout ça vous avez un PC ultra complet ! Je suis certain que vous allez vous aussi vous perdre dans les listes passionnantes de ces deux stores.

Paramétrer Proton-GE

Une fois que vous aurez installé Steam et connecté à nouveau votre compte, vous allez ouvrir les portes de la compatibilité maximale pour les jeux avec Proton-GE. Lancez ProtonUp-Qt. Dans la fenêtre qui apparaît, vérifiez que la liste indiquant « installer pour » a bien sélectionné « Steam Snap » (c’est le Steam que vous avez installé par le biais du gestionnaire Discover). Cliquez sur « Ajouter une version », laissez la version la plus haute et cliquez sur « Install ». Voilà, vous avez déployé Proton-GE dans Steam.

En gros cela signifie que vous allez pouvoir faire fonctionner des jeux comme Monster Hunter Wilds encore mieux que sous Windows, mais ça, ce sera pour un prochain tuto !

Retrouver les données

La partie la plus (ou la moins ?) satisfaisante reste de reconnecter tous ses comptes utilisateur. Une fois cela fait, il ne reste plus qu’à rapatrier les fichiers de la sauvegarde et ça y est, on a un PC complet sur Linux ! Félicitations, vous êtes sorti de l’écosystème Microsoft !

Je fais le choix du reconditionné, je rejoins le clan Artefact !

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